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Ralentissement. Les professionnels ont fait preuve d'une bonne capacité d'adaptation aux changements intervenus aussi bien au niveau de l'arsenal réglementaire qu'au niveau du comportement de consommation des ménages. Il y a lieu d'améliorer cette efficacité en prospectant d'autres niches non encore desservies. Le potentiel existe.
Le secteur du crédit à la consommation affiche certes une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années mais rien ne garantie le maintien de ce rythme en 2009. Les statistiques du premier trimestre affichent une croissance d'à peine 5%, alors que les prévisions tablaient sur une progression de 17%. Certains professionnels expliquent cette situation par le peu de visibilité qu'il y a eu en début d'exercice, en lien avec la crise économique mondiale. D'autres lectures se réfèrent au tassement de l'activité immobilière. Selon ce raisonnement, moins d'acquisitions de logements pourrait provoquer un faible engouement aux prêts non affectés qui concernent particulièrement le mobilier et l'électroménager. Du côté de l'APSF, on invoque plutôt un simple retour à la normale. Après des années de forte croissance, il est tout à fait normal que le secteur revienne à un niveau d'équilibre raisonnable. Pour rappel, entre 1995 et 2007, l'encours a évolué de 5 à 30,6 milliards de DH. En l'espace d'une douzaine d'années, la nature même du crédit à changé. Le « Non affecté » prend du poids, sa part est passée du simple au double, de 30 à 60%. Les prix de l'électroménager étant à leur plus bas niveau historique, le financement de ce segment est pratiquement en cours de disparition, alors qu'il représentait quasiment le tiers de l'activité en 2005. Abstraction faite à la baisse de rythme attendue cette année, le crédit à la consommation demeure un secteur hautement stratégique pour l'économie du pays. Il tire vers le haut les niveaux de la consommation nationale, principale composante du Produit intérieur brut (PIB). Les ménages recourent de plus en plus aux solutions offertes par les sociétés de crédit à la consommation et la concurrence se fait encore de plus en plus intense. Chaque acteur veille à diversifier sa gamme de produits avec un soin attentif des grilles tarifaires. Preuve en est le repli de la marge d'intérêt du secteur qui a progressé de seulement 7% en 2007 contre 12% en 2006. Les taux d'intérêt sont généralement en deçà de 10% alors qu'il est possible d'aller jusqu'au seuil maximum autorisé, soit 14,17%. Rapporté au PIB, l'encours global du crédit à la consommation tourne autour de 10%, un niveau comparable à celui enregistré par les économies de la Jordanie, l'Egypte, l'Espagne, l'Italie et la Turquie. Il faut dire que ce seuil record a été atteint grâce à l'appui et à la force de frappe du réseau bancaire. Treize sociétés (parmi vingt) ont un lien capitalistique avec une institution financière de la place ce qui leur permet de se ressourcer à un coût moins élevé que celui du marché. Pour faire face à la demande croissante des ménages, les sociétés ont augmenté ces deux dernières années leurs recours aux banques en optant davantage pour les maturités longues. Rien qu'en 2007, l'encours de ces crédits s'est accru de 50% pour atteindre 42 milliards de DH dont 15,4 milliards sous forme de prêts de trésoreries et 26,56 milliards sous forme de prêts financiers. Les crédits restent dominés par la partie non affectée (essentiellement les crédits personnels) qui en représente 64% à fin 2007. S'agissant des crédits affectés, ils sont destinés majoritairement à l'achat de véhicules (87%) et à l'équipement des ménages (13%). Le crédit à la consommation au Maroc renvoie à l'image d'une profession concentrée, la part des cinq premières sociétés dans le total Actif du secteur s'est établie à 78%. La situation bilantielle de l'ensemble des acteurs est notoirement solide avec un total Actif qui frôle 34 milliards de DH et un Produit net bancaire à un peu plus de 2,3 milliards de DH. Outre les signes de décélération constatés au premier semestre 2009, le cycle de ralentissement a commencé réellement vers la fin des années 90. Cela est dû en partie aux dispositions de lutte contre le surendettement. Un ambitieux plan d'action a été mis en place, rappelons-le. La direction de la paierie principale des rémunérations avait retouché ses mécanismes de sorte à ce qu'elle maintienne intact le seuil d'un salaire minimum vital, 1500 DH, et ce quel que soit le nombre des lignes de crédit accordées aux fonctionnaires. De même, la stratégie de commercialisation s'est focalisée sur un nombre restreint d'enseignes modernes au lieu de s'éparpiller entre des milliers de revendeurs. Un système d'aide à l'appréciation du risque a été également mis en place pour pouvoir éviter les clients à l'origine d'incidents de paiement. Enfin, à la demande de l'APSF, l'agrément a été retiré des sociétés qui faisaient l'objet de réclamations de manière régulière. Cette batterie de mesures n'a pas tardé à donner des résultats puisqu'on recense de nos jours de moins en moins de réclamations et l'on assiste à une forte baisse des créances en souffrance. Les professionnels ont fait preuve d'une bonne capacité d'adaptation aux changements intervenus aussi bien au niveau de l'arsenal réglementaire qu'au niveau du comportement de consommation des ménages. Il y a lieu d'améliorer cette efficacité en prospectant d'autres niches non encore desservies. D'autant plus que le potentiel existe. Il suffit de savoir que le crédit à la consommation représente environ 13% de la consommation nationale au Maroc. Le même ratio atteint 54% en France, 120% au Royaume-Uni ! Le crédit est-il une affaire de tous ? Une enquête menée par l'APSF auprès d'un échantillon de 500 clients laisse constater qu'une personne sur cinq est titulaire de plus de deux crédits à la consommation. Les raisons pour lesquels ils ont souscrit ces crédits sont l'achat d'une automobile pour le premier crédit, l'équipement domestique pour le deuxième, les études des enfants et le remboursement d'un crédit respectivement pour les troisième et quatrième crédits. 41% qui recourent à un troisième et/ou à un quatrième crédit le font pour le remboursement d'un autre crédit. Plus le nombre de crédits souscrits par une personne est important, plus cette personne cherche à souscrire à de nouveaux crédits quelles qu'en soient les conditions. L'enquête montre aussi que 60% des interrogés disent être disposés à affecter entre 10 et 30% de leur revenu mensuel net à des remboursements de crédit à la consommation. Plus d'une personne sur deux déclare lui rester actuellement après le remboursement de ses crédits au moins 30% et/ou 2000 DH de son revenu mensuel net. Enfin, les personnes interrogées disent ne pas avoir de préférence entre une banque et une société de crédit à la consommation. Généralement, elles restent fidèles à leur première société de crédit et seules deux personnes sur 100 sont prêtes à s'orienter vers une autre société. Par Wadie El Mouden | LE MATIN |